Verisign fait un hold-up sur tous les noms de domaines qui n’existent pas... encore

, par Transfert

Le géant américain compte bien exploiter les erreurs des internautes

Qui ne s’est jamais trompé en saisissant l’adresse email d’un correspondant ou celle d’un site web ? Jusqu’au mardi 16 septembre, l’internaute obtenait en cas d’erreur un message de son navigateur, l’informant du problème, et sa faute n’était connue de personne d’autre. Depuis, le géant américain Verisign, qui gère les .net et les .com, s’est approprié tous les noms de domaines qui n’existent pas encore. En tapant une mauvaise adresse, l’internaute arrive donc chez Verisign, sur la page de son moteur de recherche.

Désormais, les erreurs que vous faites en entrant l’adresse d’un site ainsi que vos courriels mal adressés vous renverrons systématiquement chez un tiers : Verisign, leader mondial des noms de domaines, un groupe américain étroitement lié au complexe militaro-industriel.

Verisign, qui gère notamment les noms de domaines en .com en .net, a modifié la configuration de ses extensions pour renvoyer vers son propre moteur de recherche tous ceux qui font une faute de frappe. Ledit moteur semble d’ailleurs nettement sous-dimensionné si l’on en croit la lenteur d’escargot à laquelle il semble répondre (quand il répond).

Visite forcée

En pratique, il n’y a plus aucun domaine inexistant : Verisign s’est tout simplement approprié tous les domaines qui jusqu’ici n’ont pas été enregistrés, en les faisant pointer vers ses propres serveurs. Rien de moins.

Vous vous êtes trompé d’adresse en écrivant à votre petite amie ? Au lieu d’un simple aller-retour entre votre logiciel de messagerie et le serveur de mail de votre fournisseur d’accès, votre message sera désormais envoyé vers un serveur américain avant de revenir vers vous pour vous signaler votre erreur. Et nul ne sait ce qui sera fait des informations ainsi collectées.

Vous avez fait une faute de frappe en saisissant l’adresse d’un site ? Si la configuration par défaut du navigateur Internet Explorer renvoyait déjà dans ce cas l’utilisateur vers le portail MSN de Microsoft, au moins était-il facile de désactiver cette fonction. Ce n’est désormais plus le cas : quel que soit votre navigateur et votre configuration, si vous vous trompez d’adresse, vous irez chez Verisign. Que vous le vouliez ou non.

A ce jour, on ne peut qu’imaginer les raisons d’un tel putsch : Verisign n’a prévenu personne de ce changement fondamental de politique qui semble en totale contradiction avec le mandat qui lui a été accordé. Le fait de savoir quelles sont les erreurs les plus communes permettra, par exemple, de faire payer plus cher certains noms non encore réservés par ceux qui possèdent un domaine syntaxiquement proche.

En créant artificiellement un grand nombre de connexions vers son moteur de recherche, Verisign pourra également vendre des espaces publicitaires sur son site, qui va devenir l’un des plus visités du monde, du jour au lendemain.

Ralentissement en vue

Mais les aspects bassement matérialistes de la chose ne sont sans doute qu’accessoires. Quand on étudie les problèmes techniques soulevés, on se rend compte que les dégâts déjà occasionnés sur le réseau sont d’une assez grande ampleur. Car il ne s’agit ni plus ni moins que d’annoncer à la terre entière que tous les domaines qui ne sont pas encore déposés existent désormais et sont - en attendant un hypothétique acheteur - la propriété de Verisign.

Une conséquence parmi de nombreuses autres : tout courrier électronique émis vers une adresse jusqu’à présent inexistante ne sera désormais plus détecté par votre serveur de mail habituel. Il sera tout simplement envoyé à celui de Verisign qui le traitera comme un mail adressé à un destinataire inconnu. Et le traitement des erreurs de destinataires va du même coup coûter beaucoup plus cher aux intermédiaires techniques (fournisseurs d’accès, etc.) auxquels il faudra désormais attendre la réponse de Verisign pour retourner une erreur à votre client mail, ce qui prendra du temps (le serveur de Verisign est dès à présent surchargé de demandes) et des ressources. Verisign fait donc supporter par tous les autres opérateurs le prix de sa décision unilatérale.

Si Verisign a, pour le moment, configuré ses systèmes pour rejeter ces courriers, nul ne sait à l’heure actuelle ce qui est fait des informations nominatives ainsi collectées, ni ce qui est fait des contenus. Un peu comme si la poste s’arrogeait du jour au lendemain le droit de disposer à son gré de tout courrier dont l’adresse du destinataire est inconnue sans que nul ne puisse savoir ce qu’elle en fait.

"Opérations internes"...

Verisign affiche en effet une politique de traitement des données personnelles pour le moins floue. Tout en affirmant ne collecter "aucune information concernant l’origine ethnique, les opinions religieuses ou politiques, la santé ou la vie sexuelle", le numéro un de la certification en ligne avoue "conserver l’adresse IP des visiteurs ainsi que chacune des pages visitées, le type et la configuration du navigateur utilisé et le nom de domaine duquel vous venez", le tout dans le but "d’améliorer (ses) opérations internes"...

Rien n’est dit sur la configuration du serveur mail qui va recevoir vos emails mal adressés.

Certains fournisseurs d’accès ont déjà commencé à prendre des mesures pour rejeter immédiatement tout courrier dont le destinataire apparaît comme étant hébergé par Verisign. Le logiciel Bind (chargé de transformer les noms de domaines en adresses IP numériques) peut déjà être modifié afin de contourner la mesure imposée unilatéralement par le géant américain.

Les demandes insistantes de retour au statu quo ante sont nombreuses. Une pétition a été mise en ligne, pour demander une intervention de l’Icann, la plus haute autorité de l’internet, responsable de la gestion des noms de domaines.

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